En bref

  • La fiscalité internationale désigne l’ensemble des règles qui déterminent comment les revenus transfrontaliers sont imposés et par quel pays.
  • La plupart des systèmes imposent les revenus soit en fonction du lieu de résidence, soit en fonction des revenus mondiaux, soit en fonction de la source, c’est-à-dire des revenus perçus à l’intérieur des frontières d’un pays.
  • Il y a double imposition lorsque deux pays revendiquent tous deux le droit d’imposer le même revenu.
  • Les conventions fiscales et les crédits d’impôt étrangers constituent les principaux outils utilisés pour éviter la double imposition.
  • Les entreprises multinationales sont soumises à des règles supplémentaires, notamment en matière de prix de transfert et de critères d’établissement stable.

Ensemble, ces règles visent à répartir équitablement les droits d’imposition entre les pays tout en permettant aux revenus, aux investissements et à la main-d’œuvre de circuler librement d’un pays à l’autre.

 

Qu’est-ce que la fiscalité internationale ?

 

La fiscalité internationale désigne l’ensemble des principes juridiques et des règles qui régissent l’imposition des revenus perçus au-delà des frontières nationales. Elle s’applique dès lors qu’une personne physique ou morale perçoit des revenus dans un pays autre que son pays d’origine, qu’il s’agisse d’un salaire perçu dans le cadre d’un emploi à l’étranger, de dividendes versés par une société étrangère ou de bénéfices réalisés par une entreprise exerçant ses activités dans plusieurs pays.

Contrairement au droit fiscal national, la fiscalité internationale traite de l’interaction entre les systèmes fiscaux de deux ou plusieurs pays à la fois. C’est cette interaction qui rend le sujet plus complexe : chaque pays fixe ses propres règles fiscales de manière indépendante, et la fiscalité internationale consiste en grande partie à gérer les chevauchements et les lacunes qui résultent de la rencontre de ces systèmes.

Ce sujet couvre un large éventail de situations concrètes. Il s’agit notamment d’un salarié envoyé travailler dans une succursale à l’étranger pendant un an, d’un retraité vivant à l’étranger tout en continuant à percevoir une pension de son pays d’origine, d’une entreprise en ligne vendant ses produits à des clients dans des dizaines de pays sans disposer de bureau physique dans aucun d’entre eux, et d’un fabricant multinational acheminant des pièces détachées et des produits finis entre ses propres filiales.

« La fiscalité internationale n’est pas un code fiscal mondial unique. Il s’agit de l’ensemble des règles qui déterminent quel pays est habilité à imposer quoi, lorsque plusieurs pays revendiquent ce droit » (OCDE, 2018)

 

Pourquoi la fiscalité internationale existe-t-elle ?

 

La fiscalité internationale existe parce que les pays ont besoin d’un moyen d’imposer les revenus qui relèvent de plusieurs juridictions sans pour autant les imposer deux fois ni les laisser totalement échapper à l’impôt. Avec l’essor du commerce, du télétravail et des investissements mondiaux, les revenus transfrontaliers sont aujourd’hui plus nombreux que jamais, et chaque pays a un intérêt légitime à imposer les activités liées à son économie.

En l’absence de règles communes, deux situations se produisent fréquemment : la double imposition, lorsque le même revenu est imposé intégralement par plusieurs pays, et la double non-imposition, lorsque le revenu passe entre les mailles du filet des deux systèmes et n’est imposé nulle part. Les règles fiscales internationales, ainsi que les conventions entre pays, ont pour but de remédier à ces deux problèmes.

Ces règles comportent également une dimension d’équité. Un pays qui fournit les infrastructures, le système juridique et le marché où les revenus sont perçus a intérêt à prélever une part de l’impôt sur cette activité, même si la personne ou l’entreprise qui en tire ces revenus réside ailleurs. Parallèlement, le pays d’origine d’une personne souhaite souvent imposer l’intégralité des revenus de ses résidents, quel que soit le lieu où ils ont été perçus, afin de garantir la cohérence du système fiscal pour l’ensemble de sa population. La fiscalité internationale consiste en grande partie à concilier ces deux revendications raisonnables mais contradictoires.

 

Quels sont les principes fondamentaux de la fiscalité internationale ?

 

La plupart des pays fondent leur droit d’imposition sur l’un des deux principes fondamentaux suivants, voire sur les deux :

  • L’imposition selon le principe de résidence, qui consiste à imposer les revenus mondiaux d’une personne physique ou d’une société au motif qu’elle est considérée comme résidente fiscale de ce pays.
  • L’imposition à la source, qui consiste à imposer les revenus du fait qu’ils ont été perçus sur le territoire de ce pays, quel que soit le lieu de résidence du bénéficiaire.

Une personne peut facilement être soumise à ces deux principes à la fois. Une personne qui réside dans un pays mais perçoit des revenus locatifs provenant d’un bien immobilier situé dans un autre pays peut être assujettie à l’impôt dans les deux pays, conformément aux règles propres à chacun d’entre eux, à moins qu’un élément ne vienne empêcher ce chevauchement.

La détermination de la résidence n’est pas toujours simple. Les pays utilisent différents critères, tels que le nombre de jours passés par une personne sur leur territoire au cours d’une année, la localisation de son domicile permanent ou du centre de ses intérêts vitaux, ou encore un critère d’enregistrement officiel pour les entreprises, fondé sur leur lieu de constitution ou le lieu d’où leur gestion est effectivement contrôlée. Une entreprise, par exemple, peut être constituée dans un pays mais gérée au quotidien depuis un autre, ce qui peut créer une réelle incertitude quant aux règles de résidence applicables.

Le tableau ci-dessous résume les différences entre ces deux principes.

Concept Residence-Based Taxation Source-Based Taxation
What triggers tax Being a tax resident of a country Earning income located in a country
Typical scope Worldwide income of residents Only income sourced within that country’s borders
Common example A citizen taxed on foreign investment income A nonresident taxed on local rental income
Main risk Double taxation when paired with another country’s source claim Double taxation when paired with another country’s residence claim

 

Qu’est-ce que la double imposition et comment l’éviter ?

 

La double imposition survient lorsque deux pays imposent tous deux les mêmes revenus pour la même période, généralement parce que l’un des pays fait valoir ce droit en se fondant sur le critère de résidence et l’autre en se fondant sur le critère de la source. Si ce problème n’est pas résolu, cela peut rendre financièrement irréalisables le travail, les investissements ou les activités commerciales transfrontalières.

Les pays ont généralement recours à deux outils pour éviter cela :

  • Les conventions fiscales, accords bilatéraux entre deux pays qui attribuent les droits d’imposition à l’un des deux pays ou les répartissent entre eux, ce qui permet souvent de réduire les taux de retenue à la source sur les paiements transfrontaliers.
  • Les crédits d’impôt étrangers, qui permettent à un contribuable de déduire de l’impôt qu’il doit payer dans son pays l’impôt déjà versé à un État étranger, afin que le même revenu ne soit pas imposé deux fois dans son intégralité.

Les conventions fiscales prévoient généralement un critère de départage pour les personnes physiques qui pourraient être considérées comme résidentes de deux pays à la fois, en se basant sur des facteurs tels que le lieu où elles disposent d’un domicile permanent ou celui où leurs liens personnels et économiques sont les plus forts.

Les crédits d’impôt étrangers fonctionnent un peu différemment des allègements prévus par les conventions fiscales. Plutôt que d’attribuer purement et simplement les droits d’imposition à un seul pays, un crédit permet au pays d’origine du contribuable de prendre du recul et de réduire sa propre dette fiscale du montant déjà payé à l’étranger, dans la limite d’un plafond. Cette approche est courante chez les pays qui imposent leurs résidents sur leurs revenus mondiaux, mais qui souhaitent néanmoins éviter de pénaliser les revenus ayant déjà été imposés une fois à la source. Certains pays ont plutôt recours à une méthode d’exonération, consistant simplement à exclure totalement certains revenus étrangers de l’assiette fiscale nationale plutôt que d’imputer l’impôt étranger payé sur ces revenus.

 

Qu’est-ce qu’un établissement stable ?

 

Un établissement stable est un lieu d’activité fixe, tel qu’un bureau, une succursale ou une usine, qu’une entreprise exploite dans un pays étranger. Son importance réside dans le fait qu’une fois qu’il est établi qu’une entreprise dispose d’un établissement stable dans un pays, ce dernier acquiert généralement le droit d’imposer les bénéfices liés à cette activité locale.

Ce concept est important car il établit une distinction entre une entreprise qui se contente de vendre sur un marché étranger et une autre qui y a établi une présence physique ou économique suffisante pour justifier une imposition locale. Les entreprises numériques ont compliqué l’application de ce critère ces dernières années, puisqu’une entreprise peut générer un chiffre d’affaires important dans un pays sans y disposer d’aucune présence physique traditionnelle.

Cet écart entre les règles traditionnelles relatives à l’établissement stable et le mode de fonctionnement réel des entreprises numériques a constitué l’un des domaines les plus dynamiques de la politique fiscale internationale ces dernières années. Plusieurs pays ont mis en place des règles spécifiques visant à imposer les revenus numériques générés sur leur territoire, même en l’absence de siège physique, tandis que des discussions multilatérales plus larges se poursuivent sur la manière d’adapter le concept d’établissement stable à une économie où le principal marché d’une entreprise peut ne présenter aucune présence physique.

 

Qu’est-ce que les prix de transfert ?

 

Les prix de transfert désignent les règles qui régissent la manière dont une entreprise multinationale fixe les prix des transactions entre ses propres entités liées situées dans différents pays, par exemple lorsqu’une filiale vend des biens ou des services à une autre. Ces transactions s’effectuant au sein d’un même groupe, il existe un risque que les prix soient fixés de manière artificielle afin de transférer les bénéfices vers des pays où la fiscalité est moins élevée.

La plupart des pays exigent que les transactions entre parties liées soient tarifées selon le principe de pleine concurrence, ce qui signifie que le prix doit refléter ce qu’auraient convenu des entreprises indépendantes et sans lien entre elles dans des circonstances similaires. Les autorités fiscales peuvent ajuster le bénéfice déclaré d’une entreprise si la tarification entre entités liées ne respecte pas ce principe.

Dans la pratique, l’application du principe de pleine concurrence consiste à comparer une transaction entre parties liées à des transactions similaires entre entreprises indépendantes, ce qui est rarement une comparaison parfaitement nette. Un transfert de pièces entre deux filiales d’une même entreprise peut ne pas avoir d’équivalent exact sur le marché, ce qui explique pourquoi l’analyse des prix de transfert implique souvent une comparaison avec un éventail de transactions comparables plutôt qu’avec un prix fixe unique. C’est également la raison pour laquelle les litiges en matière de prix de transfert entre les entreprises et les autorités fiscales sont fréquents, et pourquoi de nombreuses multinationales conservent une documentation détaillée pour justifier les prix qu’elles pratiquent.

 

Qui définit les règles fiscales internationales ?

 

Il n’existe pas d’autorité fiscale mondiale unique. La fiscalité internationale est plutôt régie par un ensemble de dispositions de droit national, de conventions fiscales bilatérales entre les différents pays et de mesures de coordination mises en œuvre par le biais d’organisations multilatérales.

  • Le droit national, dans le cadre duquel chaque pays définit ses propres critères de résidence, ses taux d’imposition et ses règles d’imposition des revenus étrangers.
  • Les conventions bilatérales, négociées directement entre deux pays afin de répartir les droits d’imposition et d’éviter la double imposition.
  • Une coordination multilatérale, qui s’appuie en grande partie sur des conventions types et des lignes directrices que de nombreux pays adoptent comme point de départ commun pour leurs propres traités et réglementations nationales.

C’est en raison de cette structure à plusieurs niveaux que les règles fiscales internationales peuvent sembler relativement cohérentes entre les pays qui suivent des conventions types similaires, tout en présentant des différences sur les points qui importent le plus à un contribuable donné.

Two model conventions have had the largest influence on how bilateral treaties are drafted worldwide. One tends to favor residence-based taxing rights and is more commonly used as a template between developed economies with roughly balanced investment flows in each direction. The other gives somewhat more weight to source-based taxing rights and is more commonly used as a starting point in treaties involving developing economies, which often receive more investment than they send. Most real-world treaties borrow language from both, depending on what the two negotiating countries prioritize.

 

Quel est l’impact de la fiscalité internationale sur les entreprises et les particuliers ?

 

Pour les particuliers, la fiscalité internationale détermine les modalités d’imposition des revenus lorsqu’une personne travaille à l’étranger, prend sa retraite à l’étranger ou détient des placements à l’étranger. Se tromper sur son statut de résident ou passer à côté d’un avantage prévu par une convention fiscale est une erreur courante et coûteuse.

Pour les entreprises, les enjeux sont généralement plus importants. Une société qui se développe sur de nouveaux marchés doit tenir compte du risque lié à l’établissement stable, de la conformité en matière de prix de transfert, des retenues à la source sur les paiements transfrontaliers, ainsi que de la manière dont les bénéfices seront finalement imposés une fois rapatriés dans le pays d’origine de la société mère. Une mauvaise gestion de ces aspects peut entraîner une double imposition, des pénalités ou un risque pour la réputation.

 

FAQ

 

La fiscalité internationale est-elle synonyme d’évasion fiscale offshore ?

 

Non. La fiscalité internationale est le cadre juridique légitime qui régit les revenus transfrontaliers. L’évasion fiscale offshore désigne des stratégies, parfois légales, parfois non, visant à réduire au minimum l’exposition fiscale ; elle s’inscrit dans le cadre de ce même ensemble de règles ou en contourne les limites, sans pour autant constituer ces règles elles-mêmes.

 

Les conventions fiscales prévalent-elles sur le droit fiscal national ?

 

Dans la plupart des pays, une convention fiscale ratifiée prévaut sur les dispositions fiscales nationales contradictoires pour les situations qu’elle couvre, bien que la relation exacte entre le droit conventionnel et le droit national varie en fonction du cadre constitutionnel de chaque pays.

 

Une personne physique peut-elle être résidente fiscale de deux pays à la fois ?

 

Oui, c’est courant et ce problème est généralement résolu grâce à une clause de départage prévue dans une convention fiscale entre les deux pays, ou par le biais d’un crédit d’impôt étranger si aucune convention ne s’applique.

 

Points clés

 

  • La fiscalité internationale régit la manière dont les revenus transfrontaliers sont imposés et par quel pays.
  • L’imposition selon le lieu de résidence s’applique aux revenus perçus dans le monde entier ; l’imposition à la source s’applique aux revenus perçus localement.
  • Les conventions fiscales et les crédits d’impôt étrangers constituent les principaux outils utilisés pour éviter la double imposition.
  • Un établissement stable peut conférer à un pays étranger le droit d’imposer les bénéfices réalisés localement par une entreprise.
  • Les règles en matière de prix de transfert exigent que les transactions entre parties liées soient tarifées comme si les parties étaient indépendantes.
  • Aucune autorité mondiale unique ne fixe ces règles ; celles-ci découlent du droit national, des traités et de la coordination multilatérale.

 

Sources et lectures complémentaires

 

Pour obtenir des informations faisant autorité sur les concepts abordés dans cet article, consultez les travaux de l’OCDE sur la coopération fiscale internationale, les directives de l’IRS concernant les citoyens et résidents américains à l’étranger, ainsi que les ressources relatives à la Convention-type des Nations Unies sur la double imposition, qui traitent toutes de manière plus approfondie des principes fiscaux transfrontaliers.

Sacha Matos

Auteur Sacha Matos

Sacha est directeur marketing chez Applic8. Né et ayant grandi en Suisse, il a étudié à HEC Lausanne avant d'obtenir un master en entrepreneuriat à Esade, à Barcelone. Avant de rejoindre Applic8, Sacha a travaillé dans la vente à Barcelone et dans la finance à Hong Kong, ce qui lui confère un parcours unique et des expériences diversifiées.

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